Vous êtes ici: Accueil > La revue de presse > 2015

2015

Revue de presse 2015/05/12 : LNC TRENTE ANS AU SOMMET

Les athlètes du lycée Jules-Garnier s’envolent ce soir pour la Métropole afin de participer aux championnats de France UNSS. L’établissement tentera d’y décrocher son 40e titre national. Décryptage d’une success-story qui dure depuis 1985.


Comme chaque année avant les championnats de France, l’équipe de Jules-Garnier emmenée par Eric Reuillard (troisième en partant de la gauche) a posé devant son emblème, le Spartiate.
Photo mrb

■ Un lycée spécialisé
Le fonctionnement du lycée Jules-Garnier se rapproche de celui d’un club. Un entraîneur sportif de haut niveau (lire par ailleurs), des entraînements quasi quotidiens entre 17h30 et 19h, et de bonnes infrastructures pour s’entraîner et se préparer physiquement.
De plus, la présence d’un internat permet à une partie de ces athlètes d’être en permanence en contact avec leur passion. Une spécialisation qui bénéficie aux clubs calédoniens dont les jeunes pépites passent en général par Jules-Garnier. « Je suis licencié à Plum raconte Toarii Zahn, 16 ans en 1ère SVT. Mais c’est vraiment ici à Nouméa que je fais l’essentiel de mon entraînement. » Un phénomène qui ne dérange absolument pas Eric Reuillard, professeur d’EPS et entraîneur des athlètes. Il est plutôt satisfait d’aider l’athlétisme local à se développer.
Au-delà de cette spécialisation, les effectifs pléthoriques du lycée, 1800 élèves, beaucoup plus élevés que la plupart des lycées de Métropole permettent à Jules-Garnier d’avoir plus de chance de posséder un talent même si celui-ci n’a pas été détecté avant son entrée en classe de seconde.

■ Le rôle de l’entraîneur
Le lycée Jules-Garnier n’aurait sans doute pas eu de tels résultats si ses élèves n’étaient pas guidés par des entraîneurs hors du commun.
Pendant vingt ans de 1985 à 2005 ce fut Otilio d’Almeida, actuel membre du comité directeur de la ligue d’athlétisme. Professeur d’EPS, c’est lui qui a lancé le lycée dans la voie de l’athlétisme et du haut niveau. C’est avec lui que le lycée remporte en 1993 son premier titre national.
Ensuite, c’est son neveu, Eric Reuillard, ancien troisième au championnat de France de saut à la perche et double champion du Pacifique dans la même discipline qui a pris la relève. Son fonctionnement, dans la lignée de son prédécesseur se veut proche de ses athlètes.
Toujours disponible, prêt à apporter le conseil pour s’améliorer, à l’écoute. Les jeunes se sentent choyés, presque dans un cocon. « La pédagogie est fondamentale à cet âge-là pour les emmener petit à petit au haut niveau, détaille Eric Reuillard. J’essaye d’identifier leurs éventuelles barrières mentales et de les faire sauter. On essaye aussi de travailler avec les spécifités physiques de chacun pour éviter les blessures. »
Ce fonctionnement familial, hyperindividualisé est sans doute la source de la difficulté d’adaptation des jeunes lorsqu’une fois devenus étudiants, ils tentent de poursuivre leur carrière en Métropole (lire ci-contre).

■ Le poids de la tradition
Au fil du temps le lycée Jules-Garnier est devenu, par sa régularité au plus haut niveau, une référence au niveau du sport local. « N’importe où en Calédonie, quand un collégien envisage de pratiquer l’athlétisme plus intensément il rejoint irrémédiablement Jules-Garnier, en arrivant au lycée » constate Eric Reuillard,
Qu’ils soient repérés en amont ou qu’ils le fassent de leur plein gré, les talents du Caillou sont presque automatiquement dirigés vers le lycée nouméen. A Koumac, Plum, Boulari, Thio, ou Lifou, sa réputation précède l’établissement, et en arrivant les élèves sont déjà prêts à entrer dans le « moule ». Ensuite, c’est comme dans un grand club qui a l’habitude de gagner. « La culture de la gagne se transmet de génération en génération, explique Eric Reuillard. La mémoire des anciennes gloires est toujours présente, on veut se surpasser pour réussir à son tour. » Comme si les champions en herbe se sentaient investis d’une mission.

■ Un soutien sans faille
Jules-Garnier ne pourrait pas conserver cette régularité au sommet si l’établissement n’était pas soutenu par divers acteurs locaux. Ainsi les proviseurs qui se sont succédé à la tête du lycée, dont Patrick Retali actuellement, n’ont jamais remis en cause le fonctionnement de « la filière athlétisme ». Financièrement, les familles d’élèves et surtout l’association des parents d’élèves s’impliquent pour permettre aux athlètes de porter haut les couleurs du Caillou chaque année aux Championnats de France ou aux championnats du monde scolaires.

■ Repères

Après ses 39 titres de champion de France UNSS dont 23 par équipes, le lycée Jules-Garnier tentera les 21 et 22 mai à Tourlaville (Manche) de remporter deux nouveaux titres par équipes.

Les athlètes

L’équipe cadettes
Flora Chamoindri
(100 m haies et triple saut)
Esther Wejieme (100 m et longueur)
Goélanne Rossignol (800 m)
Fiona Wawasse (100 m et triple saut)
Jeanne Watha (100 m haies et javelot)
Ashley Bologna (lancer du poids)
Relais 4x100m

L’équipe cadets
Ulric Buama
(110 m haies et triple saut)
Pierre-Henri Poaniewa (100 m et disque)
Toarii Zahn (100m et triple saut)
Charles Tafilagi (poids et triple saut)
Waïa Waïemene (200 m et javelot)
Caù Poanoui (800 m)

■ La malédiction du haut niveau

Tout au long de ces trente années de domination de l’athlétisme national, de nombreux jeunes à gros potentiel sont passés par Jules-Garnier. Pourtant jusqu’à aujourd’hui aucun n’est parvenu à confirmer en atteignant le top niveau national en senior. « Au-delà du changement de climat ou de l’éloignement familial qui sont de vrais freins à l’épanouissement, une autre rupture se produit lorsque le champion en herbe rejoint la Métropole, commente Eric Reuillard. Le jeune découvre la culture du chacun pour soi. D’une position de leader au lycée il doit se fondre dans la masse. Il n’est pas préparé à être livré à lui-même. De même, physiquement son entraînement n’est plus individualisé et les blessures arrivent vite. » Parmi les anciens élèves champions prometteurs, on peut citer le sauteur en hauteur Robert Ogun, 25 ans aujourd’hui, qui avait intégré le Creps de Toulouse en 2009 mais dont la progression a été ralentie par des blessures au genou et à la cheville. Des décathloniens comme Gorgy Auturau, ruiné par les blessures ou plus récemment Lilian Garçon qui n’a pas battu son record depuis son arrivée à Toulouse il y a plus d’un an. Enfin Alikisio Fakate espoir du lancer de marteau, a opté pour une carrière professionnelle dans le rugby. Il a pris sa retraite l’année dernière à la suite d’un problème médical à 28 ans.

Y. C.

Mise à jour : 27 mai 2015

Imprimer la page Modifier la taille des caractères Modifier la taille des caractères
Dans la même rubrique