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Revue de presse 2016/07/26 : LNC JULES-GARNIER EST L’UN DES ÉTABLISSEMENTS LES PLUS ATTACHANTS

Après trois années passées au service du lycée, Patrick Rétali, le proviseur de Jules-Garnier, quitte ses fonctions cette semaine. Il dresse le bilan de son action, notamment en matière de déscolarisation, et partage sa vision des enjeux de l’éducation.


Lycée Jules-Garnier, le jeudi 21 juillet. Patrick Rétali dira au revoir aux élèves cette semaine. Son remplaçant prendra ses fonctions lundi. Photo S.C.
Propos recueillis par Stéphanie Chenais

Les Nouvelles calédoniennes : Quelles étaient vos ambitions à votre arrivée au lycée ?

On peut parler de chantiers au pluriel : pédagogique, éducatif et matériel. La mission qui m’a été assignée a été de faire en sorte que Jules-Garnier soit identifié comme le lycée des sciences et de l’industrie. Cela signifie passer par une carte des formations cohérente, se doter d’un environnement conforme à cette ambition et par conséquent, entreprendre de grands travaux. Une entreprise de longue haleine qui a commencé en 2013 et qui devrait se poursuivre au moins jusqu’en 2018. Les sciences et l’industrie sont plus consommatrices en ateliers et en machines que d’autres formations. On ne peut pas faire ça en quelques mois. Jules-Garnier, c’est 49 bâtiments sur 19 hectares. On a aussi fait de très gros efforts sur la sécurité et on a pris à bras-le-corps la question du climat scolaire et du bien-être, ce qui nous a permis de combattre de façon très volontariste le décrochage et l’absentéisme.

Quelles étaient les raisons de ces décrochages ?

Il y avait une question de nombre, mais aussi de fragilité de certains de nos publics. Jules-Garnier accueille beaucoup d’élèves issus de l’éducation prioritaire. Des enfants qui arrivent avec des difficultés sociales, scolaires, familiales. C’est compliqué pour un enfant qui est déjà en situation précaire de trouver ses marques dans cet immense établissement. On a travaillé sur la déscolarisation et la prévention des ruptures en proposant des activités et de l’encadrement. Un éducateur spécialisé va chercher à l’extérieur de l’établissement des élèves qui ont petit à petit multiplié les absences. Il travaille aussi dans le lycée pour que l’élève ait envie d’y rester. On essaye de lui redonner le goût de l’effort et de certaines règles de vie en société. Dans le même esprit, nous avons créé une classe destinée à donner une nouvelle chance aux élèves décrocheurs. Enfin, nous avons implanté six jeunes en service civique qui font vivre des activités éducatives, culturelles ou sportives.

Quel est le rôle d’un proviseur aujourd’hui ?

Il y a 2 300 personnes tous les jours du dimanche au vendredi à Jules- Garnier. Il y a des gens qui habitent ici, des gens à nourrir, des routes. Dans un établissement si grand, la tendance peut être à l’émiettement. Chacun essaye de faire valoir ce qui lui paraît important. Le rôle du proviseur c’est de défendre l’intérêt collectif. Il n’y a qu’en pensant collectif qu’on peut faire avancer les choses. Les élèves doivent aussi être les acteurs du changement et doivent comprendre ce qu’on est en train de faire. S’il n’y a pas d’explication, il peut y avoir de l’indifférence, du mépris, voire de la colère. Le proviseur est celui qui défend ses équipes et qui est là pour convaincre du bien-fondé des investissements. On a du stress. Mais c’est une responsabilité, on n’a pas le droit d’être défaitiste. Il faut aussi être sur le terrain au contact des élèves et savoir prendre un pot de peinture quand il le faut.

Quels sont les atouts de Jules-Garnier aujourd’hui ?

La fierté, ce sont les élèves, qui ont démontré depuis plusieurs années leurs capacités à réussir en dépit de leurs origines sociales ou de leurs difficultés scolaires. Et une équipe de professeurs exceptionnelle. De 2012 à 2015, on a progressé de 8,6 % pour le bac général, de 6 % pour le bac technologique et de 8 % pour le bac professionnel. Il y a un vrai progrès. On est aussi l’établissement de l’éducation sportive et il a obtenu un label en matière de développement durable.

Quels seront les enjeux pour votre successeur ?

Le travail sur le climat scolaire doit être poursuivi. Il faut également renforcer l’accueil des élèves qui entrent au lycée. S’il y a une fragilité, elle est chez les plus jeunes. Il est aussi très important d’avoir un recrutement qui garantisse la diversité. Il faut éviter de concentrer trop de difficultés sociales et scolaires dans un lycée. C’est cette diversité qui permet l’équité scolaire. Il faut être très vigilant là-dessus, mais ce n’est pas le lycée qui décide. C’est la puissance publique à travers la carte scolaire.

Quels sont vos souvenirs les plus forts ?

L’une de mes missions a été de donner une nouvelle image au lycée. Une image entreprenante. C’est passé par la valorisation des réussites des élèves et des professeurs. Je dirais donc la journée de valorisation. Elle met en valeur les engagements et les passions de chacun. On a aussi eu des moments difficiles, mais le lycée Jules-Garnier est l’un des établissements les plus attachants parmi ceux que je connais. Cela laisse une trace très profonde. J’ai beaucoup appris en Calédonie en général, et à Jules-Garnier en particulier.

Un conseil pour les jeunes ?

Qu’ils croient en eux et c’est un message général pour le pays. Il y a énormément de talents. Encore faut-il en avoir conscience et ne pas laisser les autres parler pour soi. C’est quelque chose que j’essaie de partager. N’attendez pas toujours. Je crois que c’est le but de l’éducation. Donner à chacun les moyens d’exprimer sa compétence. Il y a une phrase que je trouve assez juste d’un journaliste, Sydney J. Harris, qui dit que « le but de l’éducation est de transformer les miroirs en fenêtres ». Si j’avais quelque chose à défendre, ça serait cela.

Vous êtes plutôt optimiste donc ?

Oui, le pessimisme est interdit. La Nouvelle-Calédonie a tous les atouts et les pouvoirs pour décider de ce que sera son système éducatif. Je crois beaucoup au projet éducatif calédonien. Il faut surtout ne pas passer à côté de ce rendez-vous. Il faut oser.

Bio express

2002

Arrive en Calédonie et enseigne à Koumac avant d’être formateur à l’IFM et l’IUFM.

2006

Passe le concours de personnel de direction et commence au collège de Boulari.

2009

Devient proviseur adjoint du lycée Jules-Garnier.

2011

Est nommé chargé de mission auprès du gouvernement pour s’occuper du transfert de compétences du second degré.

2013

Devient proviseur du lycée Jules-Garnier.

2016

Va rejoindre l’académie de Bordeaux, affecté dans les Landes. Il sera remplacé à Jules-Garnier par Philippe Leglize, en provenance de l’académie de Bordeaux.

Mise à jour : 12 septembre 2016

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